Contexte

Le phénomène des «enfants de la rue» au Togo est ancien et d’origine essentiellement citadine.

Ce phénomène est créé et entretenu à Lomé par les contradictions propres au milieu urbain : difficultés de vie et survie des ménages, conflits domestiques, dislocations des foyers, démissions parentales, perte de l’autorité parentale, croissance démographique et carences des structures étatiques de protection juvénile.

Selon notre expérience de terrain depuis 2005, les causes du phénomène des enfants de rue ne se trouvent pas, comme on pourrait le croire, dans la croissance de la monoparentalité mais plutôt dans les familles recomposées, les remariages,

IMGP9386_D

causes essentielles de la fugue de nombre d’enfants qui se trouvent vivre dans la rue. Souvent c’est un conflit, ouvert ou latent, avec leur belle-mère ou leur beau-père qui poussent ces enfants à quitter le domicile familial.

Les «enfants de la rue» sont donc bien une conséquence d’une crise de la famille, bien plus qu’un problème économique. Car, en milieu urbain, même si les modes traditionnels de sociabilité résistent à l’évolution de la société urbaine, la famille change inéluctablement, surtout dans le sens d’un resserrement.

Mais, outre ce brouillage des structures familiales, la pauvreté des ménages et l’exode rural jouent un rôle non négligeable dans le phénomène des enfants de rue. Celui-ci concerne plus généralement la tranche d’âge des dix à quinze ans. Cependant, depuis 2014, plusieurs enfants de sept à neuf ans ont été rencontrés dans notre zone de travail.

Notons aussi que le phénomène touche principalement les garçons qui constituent les 95% des enfants que nous avons rencontrés depuis 2007. Les filles, plus vulnérables que les garçons lorsqu’elles quittent leur famille, s’aventurent moins souvent seules à la rue. Elles sont plus souvent victimes d’autres phénomènes et sont particulièrement exploitées comme filles de ménages ou domestiques. Elles sont également plus exposées à la prostitution infantile quand elles rompent le contact avec leur famille. La plupart du temps, elles viennent en ville effectuer les plus dures corvées domestiques, et sont soigneusement dissimulées par les familles qui les exploitent.